Entre les lignes

01 juillet 2018

Retrouvez ci-dessous le 1er chapitre de mon roman "Le chef de rang désenchanté"

   CHAPITRE 1

 

 

 

  L'ombre d'un doute planait dans son esprit. Maigre, certes, mais pour autant toujours présent. Jason Martel ne parvenait pas à s'en défaire. Il vivait avec. Cette cohabitation non désirée s’avérait être un véritable fardeau.

   Jason s'épuisait à se travailler le ciboulot sans interruption. La chaleur écrasante de ce mois d'août n'arrangeait rien. Le thermomètre grimpait sournoisement, dangereusement. Il poussa un long soupir avant de fermer son casier. Après s'être assuré de ne rien avoir oublié, il quitta les vestiaires sans regret. Ce lieu, à la propreté discutable, regorgeait d'odeurs corporelles en tous genres. Jason ne s'y attardait jamais plus que nécessaire. Qui plus est, les toilettes jouxtaient les vestiaires. Les moins pudiques ne se gênaient pas pour laisser la porte ouverte pendant qu'ils faisaient leur petite affaire.

   Chef de rang depuis plus de trois ans à l'hôtel Prinsoria, situé dans une petite ville de la région parisienne, Jason aspirait depuis longtemps à être promu assistant maître d'hôtel, le grade au-dessus. Du bas de l'échelle jusqu'en haut lieu, chacun au Prinsoria avait connaissance de son souhait d'évolution.

   Jason aimait son métier, le contact avec la clientèle. Il avait le sentiment d'exercer une belle profession qui n'avait rien de dévalorisant. Le but était de faire passer un bon moment aux clients, qu'ils partent contents, avec le sourire, avec l'envie de revenir, satisfait de la prestation. C'était une prostitution d'un autre genre.

   Jason s'appliquait à fidéliser les clients, à chouchouter les habitués, à donner aux clients une attention particulière, à leur procurer un service personnalisé, à leur offrir la sensation d'être unique. Exercer cette profession lui donnait la possibilité de côtoyer quotidiennement une large palette de clients aux profils très diversifiés avec lesquels il pouvait échanger, sympathiser. Au fil des années, il avait cultivé une proximité avec bon nombre d'habitués. Le tutoiement s'était imposé le plus naturellement du monde dans les deux camps.

    Mais tout n'était pas rose pour autant dans l'univers de l'hôtellerie-restauration. L'atypie de ses horaires n'en finissait plus de le surprendre et avait une incidence sur sa vie privée. Jason, comme tant d'autres de ses confrères, travaillait en décalage avec le reste de la société. Son planning était constamment sujet à modification. L'affluence de la clientèle dictait ses horaires. Il s'avérait problématique de prendre un simple rendez-vous avec son médecin traitant. Cela demeurait cependant de la gnognotte face aux vrais problèmes. Les clients à problèmes, plus précisément. Ceux qui considéraient les serveurs comme des personnes corvéables à merci, des domestiques, de vulgaires laquais sur lesquels ils pouvaient se défouler à loisir. Gérer les comportements condescendants, arrogants, méprisants et hautains, ne s'apparentait pas à une sinécure. Et dans ces cas-là, Jason n'avait d'autres choix que de prendre sur lui. Perdre son sang-froid n'était pas acceptable.

   Quand on travaillait au Prinsoria, il ne fallait pas compter faire fortune. Les conventions collectives ne penchaient pas vraiment du côté des salariés. La paye était tout sauf mirobolante, les pourboires minables. On demandait toujours plus de polyvalence aux salariés, mais le salaire ne bougeait pas d'un pouce.

 

    Ses envies d'avancement ne s'étaient pas concrétisées jusque-là. Ce n'était pourtant pas faute d'y mettre de la bonne volonté. Il redoublait d'efforts quand la situation l'exigeait, sa ponctualité était sans failles, il n'hésitait pas à rester plus longtemps si nécessaire, son côté procédurier s'épanouissait dans les caisses qu'il réalisait, il était toujours là, toujours sur le pont, jamais en arrêt maladie.

    Le problème ne venait tout simplement pas de lui.

   Au fil du temps, tous les assistants maîtres d'hôtel étaient partis pour explorer de nouveaux horizons. Aucun n'avait été remplacé. S'il fallait croire Victor, le responsable restauration, le groupe hôtelier Comerin avait décidé de supprimer ce poste dans les hôtels de la marque Prinsoria. Jason n'avait donc pas eu d'autres choix que de se faire à cette triste et démoralisante réalité.

    Mais son désir de prendre du galon ne s'était pas volatilisé pour autant. Il était toujours ancré en lui.

    Le doute qu'il avait concernait justement d'éventuelles promotions au sein de l'entreprise où il travaillait. Ce doute s'était immiscé dans son esprit quelques semaines plus tôt. Tout avait commencé quand Tom, l'un des commis de cuisine, lui avait fait part d'une vague rumeur qui lui était parvenue aux oreilles. Sans toutefois divulguer sa source, le cuisinier avait appris à Jason que des évolutions au restaurant pourraient avoir lieu à la rentrée de septembre. Cette annonce avait laissé Jason plutôt perplexe. Ces bruits de couloir lui semblaient assez improbables.

    Personne d'autre ne lui en avait parlé, aucune allusion n'avait été faite devant lui. Curieux de nature, Jason laissait toujours traîner une oreille à droite et à gauche. Pourtant, il n'avait rien entendu concernant le sujet qui le préoccupait. Et il ne voulait pas évoquer la possibilité de ces évolutions avec quiconque. Il ne savait que trop bien que garder un secret n'était pas le point fort des employés de cet hôtel. Arrivistes et hypocrites pullulaient au Prinsoria. Jason n'avait qu'une confiance limitée en ses collègues, en la nature humaine. Il n'était pas du genre à s'épancher, à se confier au premier venu. Sans confiance, pas de confidences.

  Le chef de rang considérait qu'en raison de son bon travail, son sérieux, son professionnalisme, son ancienneté, il était le plus légitime pour le poste d'assistant maître d'hôtel. Jason était terriblement orgueilleux sur ce point. C'était pour cette raison qu'il n'aurait pas pu souffrir une conversation au sujet d'éventuelles évolutions avec ses collègues du restaurant. Cela n'aurait, à son avis, servi qu'à mettre de l'huile sur le feu, déclencher des tensions et engendrer de la jalousie.

    C'était pour cela que l'information fournie par Tom était à prendre avec des pincettes. Et puis, les rumeurs allaient et venaient dans cette entreprise telles des femmes de petite vertu dans un bordel de seconde zone. Jason ne pouvait pas prêter une oreille attentive à tous les racontars, commérages et autres bruits de couloir.

    Je me prends peut-être la tête pour rien, se dit-il en pensées. Ce ne serait pas la première fois qu'une rumeur se révélerait fausse.

    Il chassa momentanément ces pensées de son esprit. C'était l'heure de se restaurer.

 

   Comme tant d'autres fois par le passé, Jason s'alimenta d'un repas fade, quelconque, préparé à la hâte par un cuisinier, qui de notoriété publique, n'en avait plus rien à cirer depuis des lustres. Lui qui avait d'habitude un bon coup de fourchette mangea comme un oiseau ce jour-là. Il ne faisait honneur au plat seulement quand le plat en question en valait la peine. Et il était rare de faire bonne chère lors du repas du personnel. Il ne fallait en aucun cas espérer des cuisiniers qu'ils mettent les petits plats dans les grands quand cela concernait l'alimentation de leurs collègues.

    Une fois cette « corvée » accomplie, Jason entreprit de se brosser les dents aux vestiaires. Ses collègues pouvaient toujours se gausser de lui, cela lui importait peu. Lassé des critiques acerbes de son dentiste à chaque contrôle annuel sur l'entretien apporté à sa dentition, il s'assurait désormais d'avoir toujours une brosse à dents et du dentifrice à disposition dans son casier.

    Devant le miroir, il s'observa, à l'aide de ses grands yeux bruns. Un jeune homme de vingt-deux ans, bientôt vingt-trois, à la silhouette élancée, lui faisait face. Ses beaux cheveux noirs en dégradé étaient agréables au toucher. Il avait conservé des airs d'adolescent, si bien qu'à ses débuts dans l'entreprise certains clients l'avaient pris pour un stagiaire. Piqué au vif, il leur avait signalé leur erreur accompagnée d'un sourire pour le moins crispé.

    Dès qu'il eut terminé d'apporter à ses dents le soin quotidien qu'il leur prodiguait trois fois par jour, Jason retrouva avec satisfaction la sensation de pureté et de fraîcheur dans sa bouche. Il essuya son visage, glabre et lisse, ainsi que ses mains en usant et abusant du papier essuie-tout. De toute manière, il ne voyait pas pourquoi il se gênerait. M. Delaunay, le directeur de l'hôtel, avait bien sucré la prime d'intéressement collectif aux employés deux années de suite, sous prétexte que les objectifs n'avaient pas été atteints. Cette privation avait été très mal vécue par l'ensemble des salariés et avait animé bien des discussions. Et les maigres échos concernant d'éventuelles primes dans le futur étaient tout sauf encourageants. Les primes appartenaient au passé, à un temps révolu.

   Et il ne fallait en aucun cas compter sur M. Delaunay pour mettre la main au porte-monnaie afin de récompenser les efforts de ses salariés avec une petite augmentation. À l'hôtel Prinsoria, il était aussi aisé de renégocier son salaire que de ressusciter un mort.

 

    Midi approchait. Lentement mais sûrement. Le service ne tarderait pas à commencer. Peu importe qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, cela ne décourageait jamais les clients d'envahir le restaurant de l'hôtel. Et la terrasse par la même occasion. Tout au long de l'année, dès que le soleil pointait le bout de son nez, la clientèle semblait prête à tuer père et mère pour obtenir une place en terrasse. Et sous ce soleil écrasant, le thermomètre grimpait obliquement.

    Jason était chef de rang. Son travail consistait essentiellement à effectuer le service en salle, à officier au bar, à participer au service des petits déjeuners, à préparer les salles de réunion pour les séminaires. Mais il pouvait tout aussi bien être amené à faire les arrières et autres tâches ingrates qui composaient le métier de service.

    En arrivant au restaurant, il salua un à un ses collègues, puis s'informa de la formule du jour et de la dispatche. Il avait été prévu côté bar ce midi. Muni de son stylo, son limonadier et d'un carnet de bons de commande, il était fin prêt à démarrer le service.

    Pouvant accueillir jusqu'à cent-cinquante personnes assises, le restaurant était constitué d'un mobilier des plus hétéroclites. C'était le jour et la nuit. Tables basses côtoyaient tables hautes avec une audace déconcertante. Certaines tables avaient l'insigne honneur de disposer d'un grand tapis sous leurs pieds métalliques. Mais la malheureuse carpette grisâtre faisait plutôt office de paillasson plus qu'autre chose. Des enceintes étaient éparpillées aux quatre coins de la salle, de sorte qu'aucun client ne puisse échapper à l'infernal vacarme qu'elles produisaient chaque soir.

   À une certaine heure de l'après-midi, l'ambiance changeait radicalement. Une partie des lumières s'éteignait implacablement. En contrepartie, des spots dispersés le long des murs diffusaient des lumières colorées, supposées animer la salle. Ce restaurant aurait été le dernier endroit au monde où une personne disposant de toutes ses facultés mentales aurait souhaité bouquiner en paix. Entre le vacarme assourdissant et le manque frappant de luminosité, seule une personne aveugle et sourde avec un livre en braille y aurait trouvé son compte.

    L'activité tournait légèrement au ralenti à cette période de l'année. Ce service ne fit pas exception à la règle. Cela était cependant plus qu'appréciable pour Jason, compte tenu des pics d'agitation la majeure partie du temps. Mais travailler au mois d'août n'avait pas que des avantages, loin de là. Le personnel était restreint, les stagiaires se faisaient aussi rarissimes qu'une licorne, et on en attendait beaucoup plus de la part des chefs de rang. Dans cet hôtel, le directeur et les chefs de service donnaient bien volontiers des responsabilités aux gens mais pas les postes qui allaient avec.

    À la tête du restaurant régnait Victor, le responsable restauration. Celui-ci était épaulé par Alexandra, son bras droit et âme damnée de surcroît. Point de maître d'hôtel, et encore moins d'assistant maître d’hôtel, mais des chefs de rang. Venaient ensuite en bons derniers, les commis de salle. Telle était la hiérarchie au restaurant.

    Je devrai être assistant maître d’hôtel depuis le temps, songea-t-il amèrement. Si jamais il devait y avoir une évolution... Si cette rumeur se révélait véridique... Moi seul mériterai une promotion dans cette équipe, personne d'autre.

   Une autre option préoccupait Jason. Victor et M. Delaunay pouvaient tout aussi bien engager une personne de l'extérieur pour occuper un poste de responsable. Mais jusque-là, il n'avait pas vu la moindre trace d'une quelconque annonce sur le site du groupe hôtelier. Pour autant, cela ne voulait pas dire que ces deux-là ne l'envisageaient pas.

 

    Le service du midi touchait à sa fin. Mais la journée de Jason n'était pas terminée pour autant. Il était en coupure aujourd'hui. Cela signifiait qu'une fois le service du déjeuner achevé, il rentrerait chez lui pour ensuite repartir et effectuer le service du soir. Heureusement pour lui, il habitait à seulement vingt minutes de l'hôtel. Une proximité plus qu'appréciable.

    À la fin du service, Jason prit le chemin pour se rendre au vestiaire, mais Victor l'arrêta dans son élan pour l'informer qu'il voulait lui parler en privé. Les deux hommes se rendirent au réfectoire, où il n'y avait pas âme qui vive. Pièce pauvrement meublée en forme d'épais couloir, le réfectoire accueillait le personnel à l'heure de la pitance sur une interminable table rectangulaire. Une série de chaises dépareillées étaient maladroitement alignées de chaque côté de la table. Table sur laquelle demeurait en permanence à l'abandon une multitude de petits pots vides de ketchup et de mayonnaise ; résultats de la négligence collective. Fréquemment, il arrivait même que des assiettes sales s’incrustent dans le paysage durant plusieurs jours avant que quelqu'un ne daigne les enlever. Un archaïque poste de télévision, accroché au mur, avait pour rôle d'animer les repas. La crasse était implantée partout, que ce soit sur les vitres, le sol ou le mobilier. Jason n'avait jamais vu personne passer ne serait-ce qu'un malheureux coup de balai, encore moins de serpillière, dans le réfectoire.

 

    Cette réunion improvisée de dernière minute n'était pas vraiment du goût de Jason. Ce dernier préférait rester sur ses gardes en compagnie de Victor. Le responsable restauration était réputé pour prêcher le faux afin de savoir le vrai, tout comme il excellait dans l'art de diviser pour mieux régner. Malgré ce qu'il affirmait régulièrement, Victor ne recherchait pas la cohésion de l'équipe ; par crainte sans doute que tout le monde se retourne contre lui.

    Victor en imposait, du moins en apparence. Car c'était une vraie chiffe molle face à M. Delaunay et une carpette devant les dirigeants du groupe hôtelier. C'était un homme de grande taille, à l'aube de la quarantaine, doté d'une musculature puissante. Son visage était orné d'une barbe fournie, bien que soigneusement taillée. Ses cheveux d'un noir de charbon laissaient apparaître une calvitie naissante. Face au directeur, Victor n'en menait pas large. Jason avait toujours été sidéré par la soumission de son chef de service envers le directeur. Cet asservissement, cette docilité, l’écœurait. Victor obéissait sans broncher à toutes les directives, même les plus absurdes, émanant de son supérieur hiérarchique. Une vraie lavette. C'était à se demander comment il arrivait encore à se regarder dans un miroir sans se sentir minable.

   Était-ce la raison pour laquelle sa femme avait demandé le divorce ? Les ex-époux se partageaient dorénavant la garde de leur fils unique.

 

    La discussion porta sur les défauts de Jason. Défauts que Victor amplifia considérablement, tout en fermant les yeux sur ses qualités. Le chef de rang se fit reprocher son attitude avec certains de ses collègues, ainsi que l'absence constante du tablier qui composait sa tenue. Jason considérait ce tablier comme une plaie, un carcan. Il ne se sentait pas libre de ses mouvements équipé de cet accessoire superflu, oppressant. Il était déjà vêtu d'une chemise et d'un pantalon. C'était bien suffisant à son goût. Et l'actuelle chaleur caniculaire ne lui donnait pas la moindre envie de s'habiller davantage.

    Par la suite, Victor se permit de lui faire des remarques sur l'accueil qu'il réservait aux clients. Le responsable restauration estimait que son hospitalité laissait à désirer. Pure calomnie pour Jason. Mais il encaissa cette volée de bois vert sans sourciller.

   Comment pouvez-vous bien avoir un avis sur le sujet alors que votre présence au restaurant se limite à des apparitions sporadiques ?

- Vous êtes... vous êtes un bon commis, déclara Victor après avoir semblé chercher ses mots pendant une fraction de seconde.

    Le chef de rang demeura estomaqué un moment face à cette phrase insultante, à ces mots qui avaient été dit pour faire du mal, afin de blesser son amour-propre, son ego. Il savait au plus profond de lui-même qu'il garderait cet affront en mémoire pour longtemps. Muni de tout son sang-froid, Jason objecta à la dernière remarque de son responsable. Mais celui-ci resta sourd à ses arguments.

   Cette conversation houleuse fut interrompue par Alexandra, qui débarqua comme une fleur, comme si son arrivée était planifiée de longue date. L'entretien n'avait plus rien de privé désormais.

 

    Avec vingt années d'ancienneté au compteur dans la boîte, Alexandra était une figure incontournable du Prinsoria. Non contente de faire partie des meubles, elle faisait également partie des fondations. À croire que le bâtiment s'était construit autour de sa petite personne. Elle qui avait pris la fâcheuse habitude de marcher sur les gens au gré de ses envies, qui avait grimpé les échelons en se reposant sur le travail de ses subalternes, était plus protégée qu'une espèce en voie de disparition. Victor y veillait de près.

   D'apparence plus masculine que féminine, Alexandra était l'assistante responsable restauration. La première fois qu'il l'avait vue, Jason avait dû l'observer à la loupe avant de pouvoir se prononcer avec certitude sur son sexe. Il n'y avait rien de féminin, ni d'attirant en elle. Cette « femme » était d'une mocheté incomparable, laide à l'extérieur comme à l'intérieur. C'était une petite brune aux cheveux anormalement courts, qui fumait comme un pompier, dont la poitrine était aussi plate qu'une planche à repasser. Avec son visage austère marqué par le poids des années, ses yeux durs et vifs, ses traits sévères, sa bouche revêche, elle n'apparaissait pas comme la personne la plus avenante qui soit. À quarante-six ans, elle en faisait aisément dix de plus.

    Jason ne portait pas l'acolyte de Victor dans son cœur. Par moments, Alexandra pouvait se révéler être la pire peau de vache qui soit. À l'entendre, elle aurait voulu rétablir les galères, remettre au goût du jour les boulets et les chaînes, et serait nostalgique de l'esclavage. Arriviste, opportuniste, carriériste, dans l'âme, Alexandra avait poursuivi – au fil des années – son petit bonhomme de chemin, peinarde, écrasant les autres sur son passage.

    Bien qu'elle soit à peine plus grande qu'une naine et d'une maigreur alarmante, il ne fallait en aucun cas se fier à son allure frêle et chétive.

   Elle était redoutable, jouait sur la peur qu'elle inspirait à l'équipe et pouvait se montrer relativement intimidante sans que cela lui coûte le moindre effort.

    Les efforts, elle n'en fournissait pas des masses d'ailleurs. Il n'était pas rare que lors de sa prise de poste, elle ne daigne même pas pointer le bout de son nez au restaurant, préférant retrouver directement le confort du bureau de son compère. Alexandra laissait sans scrupules les basses besognes aux petites mains, préférant mille fois plus s'en griller une dès qu'une occasion se présentait. Tout était prétexte pour fuir le travail de terrain. Et mettre les pieds sous la table en arrivant demeurait son objectif quotidien.

 

   Jason vit d'un mauvais œil l'irruption aussi soudaine qu'irritante d'Alexandra. Dans la situation dans laquelle il se trouvait, elle ne serait en aucun cas une alliée. Qui plus est, Alexandra se rangeait toujours à l'avis de Victor, peu importe les circonstances. Elle l'aurait suivie jusqu'en enfer.

- Je ne savais pas que tu serais de la partie, commenta aigrement Jason.

- Victor m'avait demandée de me joindre à vous, révéla-t-elle en échangeant un sourire de connivence avec son allié de toujours.

- Des changements pourraient éventuellement avoir lieu à la rentrée, informa le responsable restauration d'un ton calme et posé.

- Quels changements ? interrogea sèchement Jason, encore amer après les paroles blessantes entendues quelques instants plus tôt.

- Il pourrait accessoirement y avoir quelques nouveautés au sein de l'équipe, répondit Victor.

    Jason n'en revenait pas. Cette annonce lui fit l'effet d'un électrochoc, mais il ne perdit pas la face pour autant. Il tâta le terrain, tenta de glaner quelques détails supplémentaires, en vain. Victor refusait d'en dire davantage. Une vraie tombe.

    Quoi qu'il en soit, Jason était fixé par rapport au fameux doute qui s'était insinué dans son esprit.

    Le doute venait de muer en certitude.

 

à suivre...

 

Liens pour se procurer le livre:

 

 

Le chef de rang désenchanté - broché - James Barbier - Achat Livre | fnac

Le chef de rang désenchanté, James Barbier, Verone Eds. Des milliers de livres avec la livraison chez vous en 1 jour ou en magasin avec -5% de réduction .

https://livre.fnac.com

 

Le chef de rang désenchanté - James Barbier

Employé consciencieux, Jason Martel aspire depuis longtemps à évoluer professionnellement au sein de son entreprise. Mais malgré ses efforts constants, aucune opportunité à l'horizon. Tout est gelé, pour tout le monde. Jusqu'au jour où son chef de service finit par lui annoncer que des évolution...

https://www.decitre.fr

 

Le chef de rang désenchanté - Barbier, James

Livre : Livre Le chef de rang désenchanté de Barbier, James, commander et acheter le livre Le chef de rang désenchanté en livraison rapide, et aussi des extraits et des avis et critiques du livre, ainsi qu'un résumé.

https://www.chapitre.com

 

Le chef de rang désenchanté

Employé consciencieux, Jason Martel aspire depuis longtemps à évoluer professionnellement au sein de son entreprise. Mais malgré ses efforts constants, aucune opportunité à l'horizon. Tout est gelé, pour tout le monde.Jusqu'au jour où son chef de service

https://www.gibert.com



Posté par James Barbier à 19:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]


15 juin 2018

"Le chef de rang désenchanté" de James Barbier, quatrième de couverture

20180517_172659

Posté par James Barbier à 19:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]

"Le chef de rang désenchanté" de James Barbier

Couverture Le chef de rang désenchanté

Posté par James Barbier à 19:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]